Note 136 — Chapter XIII
Reading edition
The description the natives give of this animal agrees extraordinarily with that of the Quoja Morrou in Dapper.
Les Quojas Morrou, dont on a parlé dans le royaume de Quoja, naissent dans le royaume d’Angola. Comme cet animal tient beaucoup de l’homme, bien des gens ont cru qu’il étoit issu d’un homme & d’un singe, mais les Negres même rejettent cette opinion. Il y a trente ou quarante ans qu’on apporta en Hollande un de ses animaux, dont on fit present à son Altesse le Prince Frederic Henri. Il étoit de la grandeur d’un enfant de trois ans, mais il avoit bien le double d’épais, étant d’une taille carreé, fort vigoureux & agile: car il levoit des choses fort pesantes & les portoit d’un lieu en un autre. Le devant de son corps étoit nud, mais le dos étoit couvert de poil noir. Sa face avoit quelque chose d’humain, mais son nez étoit plat & retroussé. Ses oreilles, son sein, et ses mamelles, ses coudes ses mains, le bas de son ventre & ses parties naturelles, ses jambes & ses pieds resembloient parfaitement à ceux d’une femme, parce que c’étoit un animal femelle. Il se tenoit debout & marchoit souvent tout droit; il buvoit fort proprement, portant, d’une main le pot à la bouche et le soutenant de l’autre; il se couchoit de même, mettoit sa tête sur un chevet, ajustoit la couverture sur son corps, & à le voir ainsi étendu on l’auroit pris pour un homme. Aussi les Negres rapportent-ils des choses prodigieuses de cet animal; ils assurent qu’il force des femmes & des filles, & qu’il ose s’en prendre à des hommes armez. Et selon toutes les apparences c’est là ce Satyre si celebre chez les Anciens, dont Pline & les poëtes ont tant parlé par oui-dire & sur des rapports incertains.