Note 3 — VIII—La venue de Salomon Sprent.
Albert Savine translation
Il n'est que juste de reconnaître que selon bien des auteurs Ferguson était aussi énergique comme soldat que zélé pour la religion. Le récit qu'il fait de Sedgemoor est intéressant en ce qu'il exprime l'opinion de ceux qui prirent part à l'affaire sur les causes de leur échec. «Or, outre ces deux escadrons, dont les officiers, sans être d'une bien grande habileté, avaient du moins assez de courage pour se conduire honorablement, s'ils n'avaient pas, faute d'un guide, rencontré l'obstacle sus-mentionné, il n'y eut pas dans tous les autres escadrons, un seul qui se soit lancé à la charge, ou se soit même approché de l'ennemi, assez pour donner ou recevoir une blessure. M. Hacker, l'un de nos capitaines, ne fût pas plus tôt à portée de voir leur camp qu'il eut la vilenie de tirer un coup de pistolet pour leur donner avis de notre approche. Après quoi il abandonna sa charge, et partit à fond de train, pour s'assurer le bénéfice d'une proclamation du Roi, offrant le pardon à tous ceux qui retourneraient chez eux avant un temps fixé. Il fit valoir tout cela à son procès, mais à cela Jeffreys répondit qu'il méritait plus que tous autres d'être pendu, et cela pour sa perfidie envers Monmouth, comme pour sa trahison à l'égard du Roi. Et bien qu'aucun autre officier ne se soit conduit avec autant d'ignominie, néanmoins ils furent inutiles et ne se rendirent aucun service, attendu qu'ils n'essayèrent pas même de charger une fois, et ne conserveront point leurs hommes réunis, et j'ose affirmer que si notre cavalerie n'avait pas tiré un seul coup de pistolet, qu'elle se fût bornée à se tenir en position, de façon à donner à l'ennemi inquiétude et appréhension, l'infanterie aurait su à elle seule, aurait gagné la bataille, et aurait triomphé. Mais notre cavalerie se tenant dispersée et désunie, et fuyant toutes les fois qu'approchait un escadron de la leur, que commandait Oglethorpe, donna un avantage à ce corps car l'ennemi, après avoir parcouru en tous sens le champ de bataille sans juger nécessaire d'attaquer des gens que leurs propres craintes avaient éparpillés, cela lui permit d'attaquer enfin par derrière nos bataillons et d'arracher la victime de leurs mains prêtes à la saisir, et qui déjà étaient sur le point de l'avoir. En outre, cette troupe de leur cavalerie ne se montait pas à plus de trois cents hommes, tandis que nous en aurions eu plus qu'il ne nous en fallait, s'ils avaient eu quelque courage et avaient été commandés par un galant homme pour les attaquer à la fois de front et de flanc. Voilà ce que j'affirme avec d'autant plus de conviction, que j'en fus le témoin attristé, car contrairement à mon habitude, j'avais cessé mon service auprès du duc, qui avançait avec l'infanterie, pour me transporter près de la cavalerie, d'autant plus que l'on comptait qu'elle serait la première, ce matin-là, à engager l'action en faisant irruption et mettant le désordre dans le camp ennemi. Jusqu'au moment où nos bataillons devaient arriver, je fis tous les efforts dont j'étais capable, car non seulement je frappai plusieurs soldats qui avaient abandonné leur poste, mais encore je réprimandai vivement quelques-uns des capitaines pour manquer à leur devoir. Mais je parlai avec la plus grande chaleur à Mylord Grey et le conjurai de charger et de ne pas souffrir que la victoire, dont notre infanterie s'était en quelque sorte saisie, nous fût arrachée. Mais lui, au lieu d'écouter, se conduisit en homme indigne et en lâche poltron, déserta cette partie du champ de bataille, et abandonna son commandement, et en outre partit à fond de train vers le Duc, en lui disant que tout était perdu et qu'il n'était que temps pour lui de se tirer d'affaire. Et par-là, en outre de tout le mal qu'il avait déjà occasionné, il décida le léger et malheureux gentilhomme à quitter les bataillons, alors que ceux-ci étaient occupés à disputer courageusement à qui remporterait la victoire. Et cela survint fort mal à propos, au moment même où une certaine personne cherchait à trouver le Duc pour lui demander instamment de venir charger à la tête de ses troupes. Mais ce que j'ose affirmer, c'est que si ce Duc avait eu sous la main seulement deux cents cavaliers, bien montés, bien équipés, vaillants de leur personne, et commandés par des officiers expérimentés, ils auraient été victorieux. Cela est reconnu par nos ennemis, qui ont souvent avoué qu'ils avaient été sur le point de prendre la fuite, après les attaques faites sur eux par notre infanterie, et qu'ils auraient été battus, si notre cavalerie avait rempli son rôle, au lieu d'attendre dans l'inertie, à regarder sans agir jusqu'à ce que la cavalerie eût rétabli le combat, en tombant sur les derrières de nos bataillons. Et il ne faut point s'en prendre aux simples soldats, qui auraient eu le courage de suivre leurs chefs, mais à ceux-là même qui les commandaient, et en particulier à Mylord Grey, que l'on a tout droit d'accuser d'avoir trahis notre cause, si tant est qu'on puisse appeler la lâcheté du nom de trahison.» Extrait d'un Manuscrit du docteur Ferguson, cité dans le livre intitulé Ferguson le conspirateur, ouvrage intéressant d'un de ses descendants en droite ligne, avocat à Édimbourg. (Note de l'auteur).