Note (retour) — LIVRE SECOND
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Pendant ce temps, il se détermina, après quelques affaires partielles, à prendre des quartiers d'hiver; mais les Russes, plus accoutumés aux sévérités de la saison et du pays, ne le lui permirent pas, et, après avoir mesuré leurs forces dans quelques combats sanglants, dont nous payâmes cher le succès, les deux armées se joignirent près du village de Preussich-Eylau qui a donné son nom à cette sanglante bataille. Les cheveux se dressent sur la tête, au récit de cette terrible journée. Le froid était vif, la neige tombait en abondance, l'opposition des éléments ne fit qu'augmenter de part et d'autre le féroce courage des soldats. On se battit douze heures, sans qu'aucun des deux côtés pût s'attribuer la victoire. Les pertes furent immenses. Vers le soir, les Russes firent leur retraite en bon ordre, laissant sur le champ de bataille un nombre considérable de leurs blessés. Les deux souverains, russe et français, ordonnèrent des Te Deum. Le fait est que cette horrible boucherie n'eut aucun résultat, et l'empereur a dit, depuis, que, si l'armée russe l'avait attaqué encore dès le lendemain, il est très vraisemblable qu'il eût été battu. Mais ce lui fut un motif d'autant plus fort de faire sonner très haut la bataille. Il écrivit aux évêques, fit part au Sénat de son prétendu succès, démentit dans tous ses journaux les journaux étrangers, et cacha, tant qu'il put, les récits des pertes que nous avions faites. On a raconté qu'il visita lui-même le champ de bataille, et que cet épouvantable spectacle lui fit une grande impression. Ce qui porte à le croire, c'est que le bulletin qui rend compte de l'affaire est fait avec une extrême simplicité, et n'a aucune ressemblance avec les autres, où il avait coutume de se placer lui-même dans une attitude un peu théâtrale. À son retour, il fit faire par le peintre Gros un très beau tableau qui le représente au milieu des morts et des mourants, levant les yeux au ciel, comme pour y chercher de la résignation au spectacle douloureux dont il est témoin. L'expression que l'artiste a donnée à son visage est parfaitement belle; je l'ai souvent considérée avec émotion, souhaitant intérieurement avec toute la force d'une âme qui voulait encore s'attacher à lui, qu'elle eût été, en effet, celle qu'on avait remarquée dans ses traits à cette occasion46.