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Mémoires de madame de Rémusat (3/3)

Note (retour) — LIVRE SECOND

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À l'ouverture de cette campagne, il fut facile de s'apercevoir que déjà, en France, on éprouvait quelque fatigue de voir la guerre remettre si souvent en question les destinées générales et particulières. Le mécontentement se devinait à l'expression triste des physionomies, et on pouvait conclure que l'empereur aurait besoin de faire des miracles pour échauffer un intérêt qui se refroidissait un peu. En vain, les journaux étaient pleins d'articles qui peignaient la joie des conscrits en s'enrôlant dans tous les départements; personne n'était dupe de cette joie, et même ne croyait devoir feindre d'y croire. Paris retomba dans cette morne tristesse où la guerre met toujours les capitales, tant qu'elle dure. On admira, par cette exposition dont j'ai parlé, les progrès de notre industrie, mais ce n'est pas avec de la curiosité seule qu'on excite les sentiments nationaux, et, quand les citoyens sont étrangers absolument à la marche de leur gouvernement, ils ne regardent que comme un spectacle les progrès que ses actes font faire à leur civilisation. En France, nous commencions à sentir quelque chose de mystérieux dans la conduite de Bonaparte à notre égard; nous apercevions que ce n'était pas pour nous qu'il agissait, et que les apparences d'une prospérité, plus brillante que solide, étaient, en effet, ce qu'il voulait de nous, afin qu'elles l'entourassent d'un nouvel éclat. Je me souviens d'avoir écrit à mon mari pendant cette campagne: «La situation des choses, la disposition des esprits sont bien changées; les miracles militaires de cette année ne font pas la moitié tant d'effet que ceux de l'autre. Je ne retrouve plus ici l'enthousiasme qu'a excité la bataille d'Austerlitz26.» L'empereur lui-même s'en aperçut; car, lorsque, après le traité de Tilsit, il fut de retour à Paris, il disait: «La gloire militaire s'use vite pour les peuples modernes. Cinquante batailles ne produisent guère plus d'effet que cinq ou six. Je suis et serai toujours pour les Français bien plutôt l'homme de Marengo, que celui d'Iéna et de Friedland.»

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