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Mémoires de madame de Rémusat (3/3)

Note 26 — LIVRE SECOND

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Note 26: (retour) Les lettres de ma grand'mère témoignent, en effet, du grand changement qui s'était fait dans l'opinion, au sujet des succès militaires de l'empereur. La publication de ces lettres aura, je pense, un intérêt véritable, même en dehors des révélations politiques. Je réserve pour un avenir prochain cette publication; mais je pourrais appuyer, par des citations nombreuses, ce qui est dit ici, et dans les chapitres précédents, malgré la réserve qu'imposaient les indiscrétions de la poste. Voici, par exemple, ce qu'elle écrivait à son mari pendant cette campagne de Prusse, deux mois après la bataille d'Iéna, et avant celle d'Eylau, le 12 décembre 1806: «Nous devons être bien prudents en correspondance, et, si j'ose dire, je trouve que vous vous laissez aller un peu dans la vôtre, et qu'il y a quelquefois certaines phrases philosophiques qui peuvent se prendre en mauvaise part. C'est un chagrin de plus de ne pouvoir même s'épancher en liberté à cette distance; mais il faut se résigner à tous les sacrifices, et espérer que celui-ci nous donnera une longue paix. La paix! On ne l'espère guère ici. Il y a un découragement, et un mécontentement général. On souffre et on se plaint hautement. Cette campagne ne produit pas le quart de l'effet qu'a produit l'autre. Nulle admiration, pas même d'étonnement, parce qu'on est blasé sur les miracles. Les bulletins sont tous reçus sans applaudissements aux théâtres; enfin l'impression générale est bien pénible. Je dirais même qu'elle est tout à fait injuste, car, enfin, il y a des cas où les événements entraînent, même les hommes les plus forts, plus loin qu'ils ne voudraient, et mon esprit se refuse à croire qu'une tête supérieure ne veuille trouver de gloire que dans la guerre. Ajoutez à cela la conscription, et ce nouvel arrête sur le commerce. La malveillance fait argent de tout, et juge sans raison; on ne veut voir que de la colère dans ces mesures. Je suis loin d'oser les juger, mais je sens qu'en dépit de tout ce que j'entends, j'ai besoin d'admirer, et de me fier à la puissance qui traîne après elle la destinée de tout ce qui m'est cher.» Cette lettre, on le voit, n'avait pas été confiée à la poste, mais était apportée par un ami. Mais, même en correspondant par la voie régulière, on se laissait aller à montrer ses émotions, ses défiances, presque l'horreur qu'inspirait un tel régime. La crainte, parfois, reprenait cependant, et, dans une des lettres qui précédaient celle-ci, ma grand'mère s'excusait de ne pouvoir envoyer à son mari, comme trop imprudente, une lettre de son fils Charles, âgé de neuf ans. Le jeune écolier, en effet, citait ce vers de Phèdre: Humiles laborant ubi potentes dissident, et se permettait cette phrase: «Je n'aime pas Philippe, parce qu'il a trop d'ambition.» (P. R.)

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