Note (retour) — LIVRE SECOND
Reading edition
M. de Talleyrand, alors dans un grand crédit, se servait de son importance en Europe pour gagner avec soin les ministres étrangers. Il demandait et obtenait des souverains précisément les ambassadeurs qu'il savait pouvoir soumettre à son influence. Il obtint, par exemple, de la Prusse, le marquis de Lucchesini20 qui s'attacha depuis, aux dépens de son maître, aux intérêts de la France. C'était un homme d'esprit et passablement intrigant. Né à Lucques, le goût des voyages l'ayant conduit dans sa jeunesse à Berlin, il y fut accueilli par le grand Frédéric, qui, goûtant sa conversation et ses principes philosophiques, le garda près de lui, l'attacha à sa cour, et commença sa fortune. Chargé, depuis, des affaires de Prusse, il devint un personnage important, il eut le bonheur et l'adresse de conserver un long crédit. Il épousa une Prussienne. L'un et l'autre étant venus en France, se dévouèrent à M. de Talleyrand, qui les employa à ses fins. Le roi de Prusse ne s'aperçut que bien tard que son ambassadeur entrait dans les complots qui se faisaient contre lui, et ne le disgracia que quelques années après. Alors le marquis se retira en Italie, et, placé près de la souveraine de Lucques devenue grande-duchesse de Toscane, il trouva là encore un champ ouvert à son ambition, par le crédit qu'il prit sur elle. Les événements de 1814 ont entraîné sa chute, à la suite de celle de sa maîtresse. La marquise de Lucchesini, avec assez de penchant à la coquetterie, s'est montrée à Paris l'une des plus obséquieuses compagnes de madame de Talleyrand.