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Mémoires de madame de Rémusat (3/3)

Note (retour) — LIVRE SECOND (continued 3)

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Je m'étonnais, à part moi, qu'une femme tellement désenchantée sur son époux, dévorée d'un sinistre soupçon, détachée alors de toute affection, assez indifférente à la gloire, pût tenir si fortement aux jouissances d'une royauté si précaire. Mais, voyant que rien n'arriverait à l'en dégoûter, je me contentais, comme par le passé, de l'engager à garder un profond silence et à demeurer avec l'empereur dans son attitude calme, attristée, mais déterminée, qui, en effet, était le seul moyen d'écarter ou de retarder l'orage. Il savait que sa femme était généralement aimée; tous les jours l'opinion publique se séparait davantage de lui, et il craignait de la froisser encore. L'impératrice, quand elle confiait à sa fille ses peines, comme je l'ai déjà dit, ne trouvait pas une personne très disposée à la comprendre. Depuis la perte de son enfant, les souffrances de la vanité lui causaient encore plus de surprise, et presque toujours sa seule réponse à sa mère était celle-ci: «Comment peut-on regretter un trône?» Madame de la Rochefoucauld, à qui madame Bonaparte s'ouvrait aussi, était, comme je l'ai dit, un peu légère, et glissait le plus qu'elle pouvait sur tout. C'était donc moi qui portais habituellement le poids de ses confidences. L'empereur s'en doutait, et à cette époque ne m'en sut point mauvais gré. Je sais même qu'il a dit à M. de Talleyrand: «Il faut convenir que l'impératrice est bien conseillée.» Quand ses passions en donnaient le temps à son esprit, il jugeait sainement même certaines conduites qui le gênaient89, pourvu qu'elles ne le gênassent qu'un peu; et, dans le fond, il avait le sentiment intime qu'il surmonterait, quand il le voudrait, les légers obstacles qu'on lui opposait. Il permettait qu'on jouât son jeu, quand il apercevait que, en dernier ressort, il n'en gagnerait pas moins la partie.

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