Note (retour) — LIVRE SECOND (continued 2)
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Dans ce voyage, une violente tempête la tira de cette torpeur, par une commotion très forte. Il avait fait de l'orage précisément le jour de la mort de son fils. Lorsque, cette autre fois, le tonnerre éclata, elle l'écouta attentivement; ses éclats redoublant, elle eut une violente attaque de nerfs qui fut suivie d'un déluge de pleurs; et, de cet instant, elle reprit toutes ses facultés de souffrir et de sentir, et se livra à une douleur profonde qui, depuis, ne s'est jamais entièrement apaisée. Quoique je ne puisse continuer à rapporter ce qui la concerne qu'en empiétant sur le temps, je terminerai pourtant tout de suite ce récit. Arrivée dans les montagnes avec une petite cour très resserrée, elle s'efforça de se fuir elle-même, en épuisant ses forces par des marches continuelles. Presque toujours dans un état d'exaltation, elle parcourait les vallées des Pyrénées, gravissait les rochers, tentait les ascensions les plus difficiles, et ne semblait, m'a-t-on dit, occupée qu'à échapper à elle-même. Le hasard lui fit rencontrer à Cauterets M. Decazes, jeune alors, fort inconnu, et, comme la reine, sous le poids d'un regret douloureux. Il avait perdu sa jeune femme58, il était malade et accablé. Ces deux personnes se rencontrèrent et s'entendirent dans leurs larmes. Il est très vraisemblable que madame Louis, trop malheureuse pour observer des convenances qu'elle eût dû respecter, dans le rang où elle était placée, refusant son approche aux indifférents, fut plus accessible à un homme affligé comme elle. M. Decazes était jeune, d'une assez belle figure; l'oisiveté de la vie des eaux et les discours inconsidérés de la médisance attachèrent quelque importance à cette relation. La reine était trop hors d'un état ordinaire pour s'apercevoir de quoi que ce soit. Elle n'avait autour d'elle que des jeunes personnes dévouées, inquiètes de sa santé, et soigneuses de lui procurer le plus léger soulagement. Cependant des lettres furent écrites à Paris, et on y prononça quelques paroles légères sur la reine et M. Decazes.