← Table of contents
Mémoires de madame de Rémusat (3/3)

Note 57 — LIVRE SECOND (continued 2)

Reading edition

Note 57: (retour) Cette peinture de la douleur de la reine Hortense n'a rien d'exagéré, car voici ce que mon grand-père écrivait à sa femme, de Bruxelles, où il avait accompagné l'impératrice, le 16 mai 1807: «Le roi et la reine sont arrivés hier au soir. L'entrevue avec l'impératrice n'a été douloureuse que pour elle, et comment ne l'aurait-elle pas été? Figurez-vous, mon amie, que la reine, dont la santé est d'ailleurs assez bonne, est absolument dans l'état où l'on nous représente Nina sur le théâtre. Elle n'a qu'une idée, celle de la perte qu'elle a faite; elle ne parle que d'une chose, c'est de lui. Pas une larme, mais un calme froid, des yeux presque fixes, un silence presque absolu sur tout, et ne parlant que pour déchirer ceux qui l'entendent. Voit-elle quelqu'un qu'elle a vu autrefois avec son fils, elle le regarde avec un air de honte et d'intérêt, et, d'une voix très basse: «Vous le savez, dit-elle, il est mort.» En arrivant auprès de sa mère, elle lui dit: «Il n'y a pas longtemps qu'il était ici avec moi; je le tenais là sur mes genoux.» M'apercevant quelques moments après, elle me fait signe de m'avancer: «Vous vous rappelez Mayence? Il jouait la comédie avec nous.» Elle entend dix heures sonner, elle se retourne vers une de ses dames: «Tu sais, dit-elle, c'est à dix heures qu'il est mort.» Voilà comme elle rompt le silence, presque continuel, qu'elle garde. Avec cela, elle est bonne, sensée, pleine de raison; elle connaît parfaitement son état, elle en parle même. Elle est heureuse, dit-elle, «d'être tombée dans l'insensibilité: elle aurait trop souffert autrement». On lui demande si elle a été émue en revoyant sa mère. «Non, dit-elle; mais je suis bien aise de l'avoir vue.» On lui dit combien elle est affectée de son peu d'émotion en la revoyant: «Oh! mon Dieu, dit-elle, qu'elle ne s'en fâche pas: je suis comme cela.» Sur tout ce qu'on lui demande, autre que l'objet de sa peine: «Ça m'est égal, dit elle, comme vous voudrez.» Elle croit qu'elle a besoin d'être seule à sa douleur, elle ne veut cependant pas voir les lieux qui lui rappellent son fils.» Je laisse aux habiles le soin de rechercher s'il n'y avait pas quelque affectation dans la douleur ainsi exprimée par l'ancienne élève de madame Campan. Il est difficile pourtant de n'en être pas touché. (P. R.)

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings