Note (retour) — III
Reading edition
»Citons encore une personne d'un esprit plus modéré, plus réservée dans son langage, et qui certes avait ses raisons pour voir avec plus d'indulgence que Saint-Simon le monde où vivait Louis XIV. Comment madame de Maintenon parlait-elle de la cour? «Quant à vos amies de la cour,» écrivait-elle à mademoiselle de Glapion, «elles sont toujours par terre, et si vous voyiez ce que nous voyons, vous vous trouveriez heureuse de ne voir (à Saint-Cyr) que des travers, des entêtements ou des manques de lumières, pendant que nous voyons des assassinats, des envies, des rages, des trahisons, des avarices insatiables, des bassesses, qu'on veut couvrir du nom de grandeur, de courage, etc.; car je m'emporterais en ne faisant même que d'y penser6.» Les jugements de ma mère sont fort au-dessous de la vivacité de ce langage. Mais, comme Saint-Simon, comme madame de Maintenon, elle avait raison en général de penser qu'une personnalité constante qui se trahit par la crainte, la jalousie, la complaisance, la flatterie, l'oubli des autres, le mépris de la justice et le besoin de nuire, règne à la cour des rois absolus, et que l'amour-propre et l'intérêt sont les deux clefs de tout le secret des courtisans. Ma mère n'en dit pas davantage; et sa diction, sans être froide et pâle, n'outre jamais les choses, et laisse, à presque tout ce qu'elle est obligée de raconter, cette excuse de la faiblesse humaine mise aux prises avec le mauvais exemple, la tentation de la fortune, et la séduction d'un tout-puissant qui ne tient pas à rendre l'obéissance honorable. Ce n'est pas sans raison que, lorsque nous parlons de l'Empire, nos éloges vont presque exclusivement s'adresser à ses armées, parce qu'au moins, dans le métier de la guerre, l'intrépide mépris de la mort et de la souffrance est une telle victoire remportée sur l'égoïsme de la vie usuelle, qu'elle couvre ce que cet égoïsme peut suggérer, aux militaires eux-mêmes, de fâcheux sacrifices à l'orgueil, à l'envie, à la cupidité, à l'ambition.