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Mémoires de madame de Rémusat (2/3)

Note (retour) — LIVRE II

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Il y a dans mon humeur généralement assez de bienveillance; de plus, je mettais un peu d'amour-propre qui, je crois, n'était pas mal entendu, à servir ceux qui, dans le début, m'avaient blâmée, et à imposer silence à leurs critiques de ma conduite, par une foule de services qui n'auraient pas été sans générosité. Enfin, je croyais encore que l'empereur s'attacherait des personnes rétives, par la permission qu'il m'accorderait d'apporter jusqu'à lui leurs sollicitations et leurs besoins; et, comme je l'aimais encore, quoiqu'il m'inspirât plus de crainte que par le passé, je souhaitais toujours qu'il se fit aimer. Mais il fallut bien m'apercevoir que, mon plan n'étant pas toujours approuvé par lui, je pourrais m'en trouver dupe. Il fallut songer à me défendre, plutôt que chercher à protéger les autres. Je faisais sur tout cela des réflexions qui m'affligeaient; puis, dans d'autres moments, prenant mon parti, je m'arrangeais des inégalités de ma situation, me déterminant à n'en regarder que le côté agréable. J'avais dans le monde une petite considération qui me plaisait, de l'aisance, pourtant accompagnée d'un peu de gêne, comme il arrive toujours aux gens dont la fortune est peu solide, et dont les dépenses sont obligées. Mais j'étais jeune, et je ne pensais pas beaucoup à l'avenir. La société qui m'entourait était agréable, ma mère parfaite, mon mari aimable et bon, mon fils aîné charmant 16a; je vivais intimement avec ma soeur bonne et spirituelle. Tout cela détournait mes pensées de la cour, et m'en faisait supporter les inconvénients. Ma santé seule me donnait des inquiétudes de tous les moments; car elle était mauvaise, et, visiblement, une vie agitée l'affaiblissait encore. Au reste, je ne saurais trop dire pourquoi je me suis oubliée à parler de moi dans ce détail; si jamais tout ceci doit être lu par un autre que mon fils, assurément il ne faudrait pas hésiter à le supprimer. Pendant le séjour de l'empereur en Italie, il y eut à la Comédie Française deux succès: le Tartuffe de moeurs, traduit ou plutôt imité de l'École du scandale de Sheridan, par M. Chéron, et les Templiers. Ce M. Chéron était un homme d'esprit qui avait été député à l'Assemblée législative; il avait épousé une nièce de l'abbé Morellet; j'étais extrêmement liée avec eux. L'abbé avait écrit à l'empereur pour qu'il donnât une place à M. Chéron. 16b Au retour de ce voyage, le Tartuffe de moeurs fut joué devant Bonaparte; il s'en amusa tellement, qu'après s'être informé près de M. de Rémusat de ce qu'était l'auteur, et avoir appris de lui qu'il méritait qu'on l'employât, dans un moment de facilité et de bienveillance, il l'envoya préfet à Poitiers. Malheureusement pour sa famille, il y mourut au bout de trois ans de séjour; sa femme est une personne de beaucoup de mérite et d'esprit.

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