← Table of contents
Mémoires de madame de Rémusat (2/3)

Note (retour) — LIVRE II

Reading edition

Le tact fin et naturellement droit de M. de Talleyrand démêla l'esprit juste et observateur de mon mari; ils s'entendirent sur une multitude de choses, et ces deux caractères si opposés n'empêchèrent point qu'ils ne trouvassent du charme à l'échange de leurs idées. Un jour, M. de Talleyrand dit à M. de Rémusat: «Vous n'êtes pas, je le vois, sans quelque défiance de moi. Je sais d'où elle vous vient. Nous servons un maître qui n'aime pas les liaisons. En nous voyant attachés tous deux à un même service, il a prévu des relations entre nous. Vous êtes un homme d'esprit, et c'est assez pour lui faire souhaiter que vous et moi demeurions isolés. Il vous a donc prévenu, il a cherché aussi par je ne sais quels rapports à me mettre en défiance, et il ne tiendrait pas à lui que nous ne demeurassions en réserve vis-à-vis l'un de l'autre. C'est une de ses faiblesses qu'il faut reconnaître, ménager et excuser, sans s'y soumettre entièrement.» Cette manière naturelle de parler, accompagnée de cette bonne grâce que M. de Talleyrand sait si bien prendre quand il veut, plut à mon mari, qui trouva dans cette liaison, d'ailleurs, un dédommagement à l'ennui de son métier14.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings