Note 19 — MADAME DE RÉMUSAT
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Note 19: (retour) On sera peut-être surpris en lisant dans ces Mémoires les pages relatives à la reine Hortense. Ma grand'mère a vécu et est morte dans la conviction qu'en parlant ainsi, elle rendait hommage à la vérité. L'opinion contraire a pourtant prévalu, et semble consacrée par son fils l'empereur Napoléon III, qui a rendu de grands honneurs à M. le duc de Morny. Il est possible, comme il arrive souvent, que tout soit vrai suivant les époques. Dans la jeunesse, l'innocence et la douleur, un peu plus tard, la consolation. Il n'est pas nécessaire de dire que je ne modifie pas le texte des Mémoires, tels qu'ils sont écrits de la main même de l'auteur. J'ai cru seulement devoir, et dans cet avant-propos et dans quelques chapitres, retrancher des observations d'une nature toute contraire sur quelques femmes de la cour. Mon père tenait à ce que le texte des Mémoires de sa mère fût absolument respecté. Il m'a paru cependant que, sur ce point, je devais manquer au devoir d'un éditeur austère. Les habitudes, les goûts, les convenances se modifient avec le temps, et ce qu'il semblait très naturel d'écrire à une femme d'esprit et de bonne compagnie, pourrait causer aujourd'hui une sorte de scandale. Elle pensait bien que son ouvrage serait imprimé, mon père n'a jamais été maintenu dans sa réserve par ce trait qui nous paraît scabreux. Et pourtant j'ai cru remarquer que quelques lecteurs étaient choqués par des détails que l'on trouvait autrefois aussi naturels à écrire qu'à savoir. Y a-t-il là quelque habitude d'ancien régime, ou notre temps est-il devenu plus prude? On ne le croirait guère à lire les romans et les journaux. Mais peut-être la licence des productions légères nous a-t-elle rendus plus sévères pour les oeuvres sérieuses. J'ai dû respecter cette disposition, et ne pas user de tous les privilèges de l'historien. (P. R.)