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Mémoires de madame de Rémusat (1/3)

Note (retour) — I

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Madame de Vergennes était une personne plus originale, spirituelle et bonne, dont mon père parlait souvent. Tout enfant, il était en confiance avec elle, comme il arrive des petits-fils aux grand'mères. Dans sa propre gaieté, si douce et si facile, moqueuse avec bienveillance, il retrouvait quelques-uns de ses traits, comme dans sa voix juste et prompte à retenir les airs et les couplets de vaudeville, son habitude de fredonner les ponts-neufs de l'ancien régime. Elle avait les idées de son temps, un peu de philosophie n'allant point jusqu'à l'incrédulité, et quelque éloignement pour la cour, avec beaucoup d'attachement et de respect pour Louis XVI. Son esprit gai et positif, vif et libre, était cultivé, sa conversation était piquante et quelquefois hasardée, suivant l'usage de son siècle. Elle n'en donna pas moins à ses deux filles, Claire et Alix2, une éducation sévère et un peu solitaire, car la mode voulait que les enfants vissent peu leurs parents. Les deux soeurs travaillaient à part du reste de la maison, dans une chambre sans feu, sous la direction d'une gouvernante, tout en cultivant les arts qu'on peut appeler frivoles: la musique, le dessin, la danse. On les menait rarement au spectacle, parfois cependant à l'Opéra, et de temps en temps au bal.

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