Note 16 — PREMIÈRE PARTIE. Madame Goëzman.
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Il est bon de savoir qu’aussitôt que le décret a été lancé contre madame Goëzman, son mari a cru qu’il ne pouvait plus honnêtement communiquer avec une femme accusée (car, comme dit le sieur Marin, d’après ce magistrat, «il ne faut pas que la femme de César soit soupçonnée»); et il a jugé qu’il était de sa délicatesse qu’elle fût reléguée au couvent.
Quant au repas que la femme de César va prendre chez son mari trois ou quatre fois la semaine, ces réunions légitimes ne prouvent qu’une tendresse conjugale supérieure aux obstacles, et qui sait tout aplanir. Et quant aux belles phrases du récolement, elles ne sont que le fruit d’un commerce habituel avec un savant homme, sans qu’on doive induire, ni des visites de la femme, ni des apophtegmes du mari, qu’ils aient eu ensemble aucune communication, arrangement, conseil, ni préparation relativement au procès: car il ne faut pas oublier que la femme de César n’a été renfermée au couvent par son mari, à l’instant de son décret, que pour qu’on ne pût jamais soupçonner César de se concerter avec elle.
Autre trait de délicatesse qui ne dépare pas le premier. M. et madame Goëzman ayant lu dans mon mémoire que j’avais donné six livres à un domestique dans une des vingt-deux stations que j’ai faites à leur porte, ont fait monter le mari de leur portière, et lui ont dit: «Si c’est votre femme ou vous qui avez reçu ces six livres, nous vous ordonnons de les reporter à M. de Beaumarchais, et d’en aller exiger une attestation que vous n’avez rien reçu. Nous ne voulons pas qu’il se fasse de petites vilenies dans notre maison.» Tel est le compte fidèle que cet homme est venu me rendre. Touché d’un procédé si noble, et ne voulant pas surtout en ravir l’honneur à qui il appartient, j’ai commencé par exiger de cet homme une déclaration par écrit qu’il venait de la part de ses maîtres. Alors ne doutant plus que mon attestation ne fût d’une grande utilité à M. Goëzman, en ennemi généreux, la voici telle que je l’ai donnée.
«Je déclare que le nommé le Riche, soi-disant portier de M. et de madame Goëzman, s’est présenté chez moi, avec ordre de ses maîtres de me rendre ce qu’il avait reçu de moi, dans le nombre de fois que j’ai assiégé la porte de M. Goëzman lorsqu’il était mon rapporteur, ou de me demander l’attestation qu’il n’en a rien reçu. Je la lui remets volontiers, parce que j’ai seulement dit dans mon mémoire que j’avais donné six francs à un domestique, etc. Comme ce fut M. de... qui les remit, je ne pourrais pas reconnaître celui qui les a reçus, et à qui je les laisse. Observant qu’il est bien singulier que madame Goëzman mette une affectation puérile de délicatesse à me faire rendre six francs par un domestique à qui je ne les demande pas, elle qui en nie trois cent soixante qu’elle a exigés et reçus de Lejay, et que je lui demande sans pouvoir les obtenir.»
A Paris, ce 1 octobre 1773.
Signé Caron de Beaumarchais.