Note Retour au Texte Principal — VI LE CONGRÈS DE VÉRONE ET LA GUERRE D'ESPAGNE.[415]
Reading edition
Sa copie, je viens de le dire, formait quatre volumes. C'était quatre-vingt mille francs (vingt mille francs par volume) qui lui revenaient aux termes de ses traités avec la société nantie du droit de publier ses œuvres futures. Déjà les quatre volumes étaient imprimés presque en entier, lorsque M. de Marcellus et M. de la Ferronnays, alarmés de voir mettre au jour certaines pièces diplomatiques, destinées, selon eux, à rester secrètes, supplièrent Chateaubriand de sacrifier ici et là, un peu partout, des documents, qui étaient pourtant de l'intérêt le plus vif. Il consentit à la plupart des retranchements demandés, et fit à ses deux amis si bonne mesure que les quatre volumes primitifs se trouvèrent réduits aux deux volumes actuels.—«Eh! bien,» dit Chateaubriand à M. de Marcellus, quand le sacrifice fut consommé, «vous me coûtez, tous les deux, quarante mille francs.—Soit, quarante mille francs, reprit M. de Marcellus, plutôt que des regrets trop tardifs.» Et Chateaubriand de répliquer:—«C'est maintenant chose faite; j'ai respecté vos scrupules et ceux de la Ferronnays; j'ai beaucoup retranché pour vous plaire. Mais vous ne vous êtes pas suffisamment l'un et l'autre mis par la pensée en dehors de votre siècle et des affaires. Pour juger d'un effet de ton, il faut se placer à distance. C'est en disant tout qu'on se distingue de la foule des hommes d'État boutonnés et méticuleux. J'ai conçu la diplomatie sur un nouveau plan; je parle tout haut. Vous avez tort de redouter mes révélations; elles ne pouvaient que vous faire honneur. Je vous le prédis: vous ferez plus tard, quand vous croirez le danger amoindri, la Ferronnays ou vous, et par le même motif, ce que vous m'empêchez de faire maintenant. D'avance, pour mon compte, je vous y autorise[416]».