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Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 3

Note 533 — TROISIÈME PARTIE CARRIÈRE POLITIQUE 1814-1830 (continued 4)

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Mon rapport, parvenu à Paris, eut un grand retentissement; il fut réimprimé par M. Le Normant fils, qui joua sa vie dans cette occasion, et pour lequel j'ai eu toutes les peines du monde à obtenir un brevet stérile d'imprimeur du roi. Bonaparte agit ou laissa agir d'une manière peu digne de lui: à l'occasion de mon rapport on fit ce que le Directoire avait fait à l'apparition des Mémoires de Cléry, on en falsifia des lambeaux: j'étais censé proposer à Louis XVIII des stupidités pour le rétablissement des droits féodaux, pour les dîmes du clergé, pour la reprise des biens nationaux, comme si l'impression de la pièce originale dans le Moniteur de Gand, à date fixe et connue, ne confondait pas l'imposture: mais on avait besoin d'un mensonge d'une heure. Le pseudonyme chargé d'un pamphlet sans sincérité était un militaire d'un grade assez élevé: il fut destitué après les Cent-Jours; on motiva sa destitution sur la conduite qu'il avait tenue envers moi; il m'envoya ses amis; ils me prièrent de m'interposer afin qu'un homme de mérite ne perdît pas ses seuls moyens d'existence: j'écrivis au ministre de la guerre, et j'obtins une pension de retraite pour cet officier[533]. Il est mort: la femme de cet officier est restée attachée à madame de Chateaubriand avec une reconnaissance à laquelle j'étais loin d'avoir des droits. Certains procédés sont trop estimés; les personnes les plus vulgaires sont susceptibles de ces générosités. On se donne un renom de vertu à peu de frais: l'âme supérieure n'est pas celle qui pardonne; c'est celle qui n'a pas besoin de pardon.

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