Note 524 — TROISIÈME PARTIE CARRIÈRE POLITIQUE 1814-1830 (continued 4)
Reading edition
Le maréchal Victor[524] était venu se placer auprès de nous, à Gand, avec une simplicité admirable: il ne demandait rien, n'importunait jamais le roi de son empressement; on le voyait à peine; je ne sais si on lui fit jamais l'honneur et la grâce de l'inviter une seule fois au dîner de Sa Majesté. J'ai retrouvé dans la suite le maréchal Victor; j'ai été son collègue au ministère et toujours la même excellente nature m'est apparue. À Paris, en 1823, M. le dauphin fut d'une grande dureté pour cet honnête militaire: il était bien bon, ce duc de Bellune, de payer par un dévouement si modeste une ingratitude si à l'aise! La candeur m'entraîne et me touche, lors même qu'en certaines occasions elle arrive à la dernière expression de sa naïveté. Ainsi le maréchal m'a raconté la mort de sa femme dans le langage du soldat, et il m'a fait pleurer: il prononçait des mots scabreux si vite, et il les changeait avec tant de pudicité, qu'on aurait pu même les écrire.