← Table of contents
Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 3

Note 373 — TROISIÈME PARTIE CARRIÈRE POLITIQUE 1814-1830 (continued 3)

Reading edition

Deux ponts sont jetés; une armée de quarante mille Russes campait au bord opposé. Quelle fut la surprise des Français, lorsqu'au lever du jour ils aperçurent le rivage désert et l'arrière-garde de la division de Tchaplitz en pleine retraite! Ils n'en croyaient pas leurs yeux. Un seul boulet, le feu de la pipe d'un Cosaque eussent suffi pour mettre en pièces ou pour brûler les faibles pontons de d'Éblé. On court avertir Bonaparte; il se lève à la hâte, sort, voit et s'écrie: «J'ai trompé l'amiral!» L'exclamation était naturelle; les Russes avortaient au dénouement et commettaient une faute qui devait prolonger la guerre de trois années; mais leur chef n'avait point été trompé. L'amiral Tchitchagof avait tout aperçu; il s'était simplement laissé aller à son caractère: quoique intelligent et fougueux, il aimait ses aises; il craignait le froid, restait au poêle, et pensait qu'il aurait toujours le temps d'exterminer les Français quand il se serait bien chauffé: il céda à son tempérament. Retiré aujourd'hui à Londres[373], ayant abandonné sa fortune et renoncé à la Russie, Tchitchagof a fourni au Quarterly-Review de curieux articles sur la campagne de 1812: il cherche à s'excuser, ses compatriotes lui répondent; c'est une querelle entre des Russes. Hélas! si Bonaparte, par la construction de ses deux ponts et l'incompréhensible retraite de la division Tchaplitz, était sauvé, les Français ne l'étaient pas: deux autres armées russes s'aggloméraient sur la rive du fleuve que Napoléon se préparait à quitter. Ici celui qui n'a point vu doit se taire et laisser parler les témoins.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings