Note 11 — MÉMOIRES
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Étant un jour retourné seul à la vallée, Benjamin, le jardinier[11], m'avertit qu'un gros monsieur étranger m'était venu demander; que, ne m'ayant point trouvé, il avait déclaré vouloir m'attendre; qu'il s'était fait faire une omelette, et qu'ensuite il s'était jeté sur mon lit. Je monte, j'entre dans ma chambre, j'aperçois quelque chose d'énorme endormi; secouant cette masse, je m'écrie: «Eh! eh! qui est là?» La masse tressaillit et s'assit sur son séant. Elle avait la tête couverte d'un bonnet à poil, elle portait une casaque et un pantalon de laine mouchetée qui tenaient ensemble, son visage était barbouillé de tabac et sa langue tirée. C'était mon cousin Moreau! Je ne l'avais pas revu depuis le camp de Thionville. Il revenait de Russie et voulait entrer dans la régie. Mon ancien cicérone à Paris est allé mourir à Nantes. Ainsi a disparu un des premiers personnages de ces Mémoires. J'espère qu'étendu sur une couche d'asphodèle, il parle encore de mes vers à madame de Chastenay, si cette ombre agréable est descendue aux Champs-Élysées.