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Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 2

Note (Retour au texte principal.) — LIVRE VIII[94]

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Je voulus balbutier quelques objections: «Eh! que diable, s'écria mon homme, comptez-vous rester dans ce palais où j'ai déjà un froid horrible? Si Rivarol, Champcenetz[106], Mirabeau-Tonneau et moi avions eu la bouche en cœur, nous aurions fait de belle besogne dans les Actes des Apôtres! Savez-vous que cette histoire de Hingant fait un boucan d'enfer? Vous vouliez donc vous laisser mourir de faim tous deux? Ah! ah! ah! pouf!... Ah! ah!...» Peltier, plié en deux, se tenait les genoux à force de rire. Il venait de placer cent exemplaires de son journal aux colonies; il en avait reçu le payement et faisait sonner ses guinées dans sa poche. Il m'emmena de force, avec La Boüétardais apoplectique, et deux émigrés en guenilles qui se trouvèrent sous sa main, dîner à London-Tavern. Il nous fît boire du vin de Porto, manger du roastbeef et du plumpudding à en crever. «Comment, monsieur le comte, disait-il à mon cousin, avez-vous ainsi la gueule de travers?» La Boüétardais, moitié choqué, moitié content, expliquait la chose de son mieux; il racontait qu'il avait été tout à coup saisi en chantant ces deux mots: O bella Venere! Mon pauvre paralysé avait un air si mort, si transi, si râpé, en barbouillant sa bella Venere, que Peltier se renversa d'un fou rire et pensa culbuter la table, en la frappant en dessous de ses deux pieds.

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