Note (Retour au texte principal.) — LIVRE VII[1]
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Le paquebot sur lequel je m'embarquai était encombré de familles émigrées. J'y fis connaissance avec M. Hingant, ancien collègue de mon frère au parlement de Bretagne, homme d'esprit et de goût dont j'aurai trop à parler[92]. Un officier de marine jouait aux échecs dans la chambre du capitaine; il ne se remit pas mon visage, tant j'étais changé; mais moi, je reconnus Gesril. Nous ne nous étions pas vus depuis Brest; nous devions nous séparer à Southampton. Je lui racontai mes voyages, il me raconta les siens. Ce jeune homme, né auprès de moi parmi les vagues, embrassa pour la dernière fois son premier ami au milieu des vagues qu'il allait prendre à témoin de sa glorieuse mort. Lamba Doria, amiral des Génois, ayant battu la flotte des Vénitiens[93], apprend que son fils a été tué: Qu'on le jette à la mer, dit ce père, à la façon des Romains, comme s'il eût dit: Qu'on le jette à sa victoire. Gesril ne sortit volontairement des flots dans lesquels il s'était précipité que pour mieux leur montrer sa victoire sur leur rivage.