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Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 2

Note (Retour au texte principal.) — LIVRE VII[1]

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Je fus invité à dîner avec mon frère chez le baron de Breteuil[53]; j'y rencontrai la baronne de Montmorency, alors jeune et belle, et qui meurt en ce moment; des évêques martyrs, à soutane de moire et à croix d'or; de jeunes magistrats transformés en colonels hongrois, et Rivarol[54] que je n'ai vu qu'une seule fois dans ma vie. On ne l'avait point nommé; je fus frappé du langage d'un homme qui pérorait seul et se faisait écouter avec quelque droit comme un oracle. L'esprit de Rivarol nuisait à son talent, sa parole à sa plume. Il disait, à propos des révolutions: «Le premier coup porte sur le Dieu, le second ne frappe plus qu'un marbre insensible.» J'avais repris l'habit d'un mesquin sous-lieutenant d'infanterie; je devais partir en sortant du dîner et mon havresac était derrière la porte. J'étais encore bronzé par le soleil d'Amérique et l'air de la mer; je portais les cheveux plats et noirs. Ma figure et mon silence gênaient Rivarol; le baron de Breteuil, s'apercevant de sa curiosité inquiète, le satisfit: «D'où vient votre frère le chevalier?» dit-il à mon frère. Je répondis: «De Niagara.» Rivarol s'écria: «De la cataracte!» Je me tus. Il hasarda un commencement de question: «Monsieur va...?—Où l'on se bat,» interrompis-je. On se leva de table.

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