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Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 2

Note (Retour au texte principal.) — LIVRE IV[374]

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Ainsi le génie natif qui m'a tourmenté au berceau retourne quelquefois sur ses pas après m'avoir abandonné; ainsi se renouvellent mes anciennes souffrances; rien ne guérit en moi; si mes blessures se ferment instantanément, elles se rouvrent tout à coup comme celles des crucifix du moyen âge, qui saignent à l'anniversaire de la Passion. Je n'ai d'autre ressource, pour me soulager dans ces crises, que de donner un libre cours à la fièvre de ma pensée, de même qu'on se fait percer les veines quand le sang afflue au cœur ou monte à la tête. Mais de quoi parlé-je? Ô religion, où sont donc tes puissances, tes freins, tes baumes! Est-ce que je n'écris pas toutes ces choses à d'innombrables années de l'heure où je donnai le jour à René? J'avais mille raisons pour me croire mort, et je vis! C'est grand'pitié. Ces afflictions du poète isolé, condamné à subir le printemps malgré Saturne, sont inconnues de l'homme qui ne sort point des lois communes; pour lui, les années sont toujours jeunes: «Or, les jeunes chevreaux, dit Oppien, veillent sur l'auteur de leur naissance; lorsque celui-ci vient à tomber dans les filets du chasseur, ils lui présentent avec la bouche l'herbe tendre et fleurie, qu'ils sont allés cueillir au loin, et lui apportent sur le bord des lèvres une eau fraîche, puisée dans le prochain ruisseau[398].»

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