Note (Retour au texte principal.) — LIVRE IV[374]
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À Lyon, nous retrouvâmes M. Ballanche: il fit avec nous la course à Genève et au Mont-Blanc. Il allait partout où on le menait, sans qu'il y eût la moindre affaire. À Genève, je ne fus point reçu à la porte de la ville par Clotilde, fiancée de Clovis: M. de Barante, le père[395], était devenu préfet du Léman. J'allai voir à Coppet madame de Staël; je la trouvai seule au fond de son château, qui renfermait une cour attristée. Je lui parlai de sa fortune et de sa solitude, comme d'un moyen précieux d'indépendance et de bonheur: je la blessai. Madame de Staël aimait le monde; elle se regardait comme la plus malheureuse des femmes, dans un exil dont j'aurais été ravi. Qu'était-ce à mes yeux que cette infélicité de vivre dans ses terres, avec les conforts de la vie? Qu'était-ce que ce malheur d'avoir de la gloire, des loisirs, de la paix, dans une riche retraite à la vue des Alpes, en comparaison de ces milliers de victimes sans pain, sans nom, sans secours, bannies dans tous les coins de l'Europe, tandis que leurs parents avaient péri sur l'échafaud? Il est fâcheux d'être atteint d'un mal dont la foule n'a pas l'intelligence. Au reste, ce mal n'en est que plus vif: on ne l'affaiblit point en le confrontant avec d'autres maux, on n'est pas juge de la peine d'autrui; ce qui afflige l'un fait la joie de l'autre; les cœurs ont des secrets divers, incompréhensibles à d'autres cœurs. Ne disputons à personnes ses souffrances; il en est des douleurs comme des patries, chacun a la sienne.