Note (retour) — LIVRE PREMIER [82]
Reading edition
Je croissais sans étude dans ma famille; nous n'habitions plus la maison où j'étais né: ma mère occupait un hôtel, place Saint-Vincent [153], presque en face de la porte qui communique au Sillon. Les polissons de la ville étaient devenus mes plus chers amis: j'en remplissais la cour et les escaliers de la maison. Je leur ressemblais en tout; je parlais leur langage; j'avais leur façon et leur allure; j'étais vêtu comme eux, déboutonné et débraillé comme eux; mes chemises tombaient en loques; je n'avais jamais une paire de bas qui ne fût largement trouée; je traînais de méchants souliers éculés, qui sortaient à chaque pas de mes pieds; je perdais souvent mon chapeau et quelquefois mon habit. J'avais le visage barbouillé, égratigné, meurtri, les mains noires. Ma figure était si étrange, que ma mère, au milieu de sa colère, ne se pouvait empêcher de rire et de s'écrier: «Qu'il est laid!»