Note (retour) — VII
Reading edition
Par le style comme par la composition, les Mémoires d'Outre-tombe sont donc dignes du génie de Chateaubriand. Leur place est marquée immédiatement au-dessous des Mémoires de Saint-Simon. Et encore, tout en maintenant le premier rang à son incomparable prédécesseur, n'est-il que juste d'ajouter que Chateaubriand lui est supérieur par plus d'un endroit. Dans un éloquent article, publié en 1857, Montalembert a dit de Saint-Simon: «Il est tout, excepté poète; car il lui manque l'idéal et la rêverie [38].» Chateaubriand, dans ses Mémoires, est poète et grand poète. Qu'il promène ses rêves d'adolescent sur les grèves de Bretagne ou ses rêveries de vieillard sur les lagunes de Venise; qu'il écoute, sentinelle perdue aux bords de la Moselle, la confuse rumeur du camp qui s'éveille, aux premières blancheurs de l'aube, ou que, ministre du roi de France, il entende, sur la route de Gand à Bruxelles, à l'angle d'un champ, au pied d'un peuplier, le bruit lointain de cette grande bataille encore sans nom, qui s'appellera demain Waterloo, il a partout -- et c'est Sainte-Beuve lui-même qui est réduit à le confesser -- il a, en toute rencontre, des passages d'une grâce, d'une suavité magiques, où se reconnaissent la touche et l'accent de l'enchanteur; il a de ces paroles qui semblent couler d'une lèvre d'or [39]!