Note (retour) — VI
Reading edition
Dans son voyage de 1807, il fit le tour de la Méditerranée, retrouvant Sparte, passant à Athènes, saluant Jérusalem, admirant Alexandrie, signalant Carthage, et se reposant à Grenade, sous les portiques de l'Alhambra. C'était une course à travers les cités célèbres et les ruines. En 1791, au contraire, après une rapide visite à deux ou trois villes dont le nom était alors à peine connu, Baltimore, Philadelphie, New-York, son voyage s'était accompli tout entier dans les déserts, sur les grands fleuves, au milieu des forêts. Rien ne ressemble donc moins à l'Itinéraire de Paris à Jérusalem que le Voyage en Amérique; mais, avec des qualités différentes, ce Voyage est aussi un chef-d'œuvre. A côté des pages où l'on croit entendre, selon le mot de Sainte-Beuve, «l'hymne triomphal de l'indépendance naturelle et le chant d'ivresse de la solitude», on y trouve des notes sans date, qui rendent admirablement, dit encore Sainte-Beuve, «l'impression vraie, toute pure, à sa source: ce sont les cartons du grand peintre, du grand paysagiste, dans leur premier jet [67]». Des considérations sur les nouvelles républiques de l'Amérique du Sud, sur les périls qui les menacent, sur l'anarchie qui les attend, ferment le volume. Il s'ouvre par un portrait de Washington, que l'auteur met en regard du portrait de Bonaparte. «En 1814, dit-il dans une de ses préfaces, j'ai peint Buonaparte et les Bourbons; en 1827, j'ai tracé le parallèle de Washington et de Buonaparte; mes deux plâtres de Napoléon lui ressemblent: mais l'un a été coulé sur la vie, l'autre modelé sur la mort, et la mort est plus vraie que la vie.»