Note (retour) — II
Reading edition
Le Génie du Christianisme avait valu à son auteur d'être nommé par le Premier Consul, en 1803, secrétaire de la légation de la République à Rome. Il n'y devait rester que peu de mois. Quelques jours avant de quitter la Ville Éternelle, le 10 janvier 1804, il écrivit à M. de Fontanes une Lettre sur la Campagne romaine, qui parut dans le Mercure de France [56]. Depuis Montaigne jusqu'à Gœthe, beaucoup d'écrivains, français ou étrangers, avaient parlé de Rome. Aucun n'en a parlé comme Chateaubriand. Nul n'a senti et rendu comme lui le caractère grandiose et l'attendrissante mélancolie des ruines romaines. On sait à cet égard le jugement de Sainte-Beuve, écrit pourtant à une époque où il se piquait de n'être plus sous le charme: «La lettre à M. de Fontanes sur la Campagne romaine, dit-il, est comme un paysage de Claude Lorrain ou du Poussin: Lumière du Lorrain et cadre du Poussin... En prose, il n'y a rien au delà.» Et le célèbre critique ajoutait: «N'oubliez pas, m'écrit un bon juge, Chateaubriand comme paysagiste, car il est le premier; il est unique de son ordre en français. Rousseau n'a ni sa grandeur ni son élégance. Qu'avons-nous de comparable à la Lettre sur Rome? Rousseau ne connaît pas ce langage. Quelle différence! L'un est genevois, l'autre olympique [57].»