Note (Back to Main Text) — PENSÉES.
Reading edition
Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire. Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire: Un vers était trop faible, et vous le rendez dur; J'évite d'être long, et je deviens obscur; L'un n'est point trop fardé, mais sa muse est trop nue; L'autre a peur de ramper, il se perd dans la nue. Voulez-vous du public mériter les amours? Sans cesse en écrivant variez vos discours. Un style trop égal, et toujours uniforme, En vain brille à nos yeux, il faut qu'il nous endorme. On lit peu ces auteurs, nés pour nous ennuyer, Qui toujours sur un ton semblent psalmodier. Heureux qui, dans ses vers, sait d'une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant au sévère! Son livre, aimé du ciel et chéri des lecteurs, Est souvent chez Barbin[51] entouré d'acheteurs. Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse: Le style le moins noble a pourtant sa noblesse.