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Littérature Française (Première Année)

Note (Back to Main Text) — PENSÉES.

Reading edition

Esprit né pour la cour, et maître en l'art de plaire, Guilleragues, qui sais et parler et te taire, Apprends-moi si je dois ou me taire ou parler. Faut-il dans la satire encor me signaler, Et, dans ce champ fécond en plaisantes malices, Faire encore aux auteurs redouter mes caprices? Jadis, non sans tumulte on m'y vit éclater, Quand mon esprit plus jeune, et prompt à s'irriter, Aspirait moins au nom de discret et de sage, Que mes cheveux plus noirs ombrageaient mon visage. Maintenant, que le temps a mûri mes désirs, Que mon âge, amoureux de plus sages plaisirs, Bientôt s'en va frapper à son neuvième lustre,[38] J'aime mieux mon repos qu'un embarras illustre. Que d'une égale ardeur mille auteurs animés Aiguisent contre moi leurs traits envenimés; Que tout, jusqu'à Pinchêne,[39] et m'insulte et m'accable: Aujourd'hui, vieux lion, je suis doux et traitable; Je n'arme point contre eux mes ongles émoussés. Ainsi que mes beaux jours, mes chagrins sont passés. Je ne sens plus l'aigreur de ma bile première, Et laisse aux froids rimeurs une libre carrière. Ainsi donc, philosophe à la raison soumis, Mes défauts désormais sont mes seuls ennemis; C'est l'erreur que je fuis; c'est la vertu que j'aime. Je songe à me connaître, et me cherche en moi-même.

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