Note 25 — LANCELOT DU LAC.
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Avant de quitter la Garde du Roi, Galehaut vêtit une chappe légère d'isembrun[25], fourrée de cendal vert; et, pour mieux rêver à son aise, il en abattit le chaperon sur ses yeux. Ainsi remontèrent-ils, seulement accompagnés de quatre écuyers. Après avoir traversé le fleuve d'Azurne qui confinait aux marches de Galore, ils suivirent le cours de la Tarance jusqu'à l'entrée d'une forêt qui couvrait une roche dominée par le grand et splendide château de l'Orgueilleuse Garde. «Voilà,» dit Lancelot en l'apercevant, «une construction merveilleuse.—Elle fut, répond Galehaut, érigée pour garder la mémoire d'un grand orgueil et d'une folie des plus étranges. C'était du temps où je méditais la guerre contre le roi Artus. Après l'avoir conquise, je ne pensais pas avoir grande peine à soumettre tous les autres rois du monde; et, dans cette confiance, je fis disposer sur les murailles cent cinquante créneaux, pour autant de rois que je voulais conquérir. J'aurais hébergé ces rois, dans le château, le jour où je devais prendre le titre de roi des rois. Les fêtes du couronnement auraient duré deux semaines: et après la messe du grand jour, je me serais assis à table sur le plus haut siége, en manteau royal, ma couronne sur un grand candélabre d'argent: autour de moi se seraient assis les cent cinquante rois, leur couronne également posée devant eux sur un moindre candélabre. Après le manger, tous ces candélabres auraient été portés aux créneaux, jusqu'à la chute du jour; puis on aurait enlevé les couronnes, pour les remplacer par autant de cierges assez pesants pour n'avoir rien à craindre du vent et rester allumés jusqu'au lendemain. Sur la plus haute tour aurait étincelé, le jour, ma grande couronne, et la nuit le plus grand cierge qu'on aurait pu façonner. Dans chacune des journées suivantes j'aurais prodigué les dons les plus riches. Enfin, les fêtes passées, j'aurais fait avec tous ces rois un voyage dans toutes les parties du monde[26].»