Note 7 — INTRODUCTION.
Reading edition
Voici comment la pensée lui vint de le composer. Vers l'année 1130, Gautier, archidiacre d'Oxford[7], auquel on attribuait de grandes connaissances historiques, avait rapporté de France un livre qui aurait été écrit en langue bretonne, et qui, breton ou latin, contenait l'histoire des anciens rois de l'île de Bretagne. Gautier avait montré son volume à Geoffroy de Monmouth, en l'engageant, si l'on s'en rapporte au témoignage de celui-ci, à le traduire en latin. «Précisément alors,» ajoute Geoffroy, «j'avais été conduit, dans l'intérêt d'autres études, à jeter les yeux sur l'histoire des rois de Bretagne[8]; et j'avais été surpris de ne trouver, ni dans Bède ni dans Gildas, la mention des princes dont le règne avait précédé la naissance de Jésus-Christ; ni même celle d'Arthur et des princes qui avaient régné en Bretagne depuis l'incarnation. Cependant les glorieuses gestes de ces rois étaient demeurées célèbres dans maintes contrées où l'on en faisait d'agréables récits, comme aurait pu les fournir une relation écrite. Je me rendis aux vœux de Gautier, bien que je ne fusse pas exercé dans le beau langage et que je n'eusse pas fait amas d'élégantes tournures empruntées aux auteurs. J'usai de l'humble style qui m'appartenait, et je fis la traduction exacte du livre breton. Si je l'avais embelli des fleurs de rhétorique, j'aurais contrarié mes lecteurs en arrêtant leur attention sur mes paroles et non sur le fond de l'histoire. Tel qu'il est aujourd'hui, ce livre, noble comte de Glocester, se présente humblement à vous. C'est par vos conseils que j'entends le corriger, et y faire assez distinguer votre heureuse influence pour qu'il cesse d'être la méchante production de Geoffroy, et devienne l'œuvre du fils d'un roi, de celui que nous reconnaissons pour un éminent philosophe, un savant accompli, un vaillant guerrier, un grand chef d'armée; en un mot, pour le prince dans lequel l'Angleterre aime à retrouver un second Henry.»