Note 40 — INTRODUCTION.
Reading edition
En changeant quelque chose au texte, en lisant Espec au lieu d'en peis, en ne tenant pas compte du second vers, je m'étais demandé s'il ne serait pas permis de retrouver dans le patron de Robert de Boron, Gautier ou Walter Espec, ce puissant baron du Yorkshire, constamment dévoué à la fortune du comte Robert de Glocester, le protecteur de Geoffroy de Monmouth et de Guillaume de Malmesbury[40]. Mais, après tout, nous n'avions pas le droit, même au profit de la plus séduisante hypothèse, de faire violence à notre texte pour donner à l'Angleterre l'œuvre française d'un auteur français. Walter Espec n'a réellement rien de commun avec la ville de Montbéliart, située à l'extrémité de l'ancien comté de Bourgogne; et le nom de Gautier, qui appartenait alors au plus célèbre des frères du comte de Montbéliart, ne permet pas de méconnaître, dans l'écrivain qui tirait son nom d'un lieu voisin de la ville de Montbéliart, un Français attaché au service de Gautier. Cette conjecture si plausible est d'ailleurs justifiée par le texte d'une rédaction en prose faite peu de temps après la composition originale. Voici comme les vers précédents y sont rendus: «Et au temps que messire Robers de Boron lou retrait à monseigneur Gautier, lou preu conte de Montbéliart, ele n'avoit onques esté escrite par nul homme.» Et un peu auparavant: «Et messire Robers de Boron qui cest conte mist en autorité, par le congié de sainte Église et par la proiere au preu conte de Montbéliart en cui service il esteit...» Comment, à une époque aussi rapprochée de l'exécution du poëme, le prosateur aurait-il pu commettre la méprise d'attribuer à un chevalier de Gautier de Montbéliart l'œuvre d'un chevalier attaché au baron anglais Walter Espec?