Note 19 — INTRODUCTION.
Reading edition
L'Historia Britonum produisit en France et en Angleterre un effet immense. Les manuscrits s'en multiplièrent; tous les clercs voulurent aussitôt l'avoir entre les mains. Geoffroy de Monmouth, bientôt après nommé évêque de Saint-Azaph, reçut le surnom d'Artus, le héros dont il venait de consacrer la renommée. Son livre fut une sorte de révélation inattendue pour Henry de Huntingdon, pour Alfred de Bewerley, pour Robert du Mont-Saint-Michel, qui n'exprimèrent aucun doute sur l'existence de l'original breton et l'exactitude de la traduction. Mais on n'accueillit pas en tous lieux ces fabuleux récits avec la même confiance. Dans le pays de Galles même, source adoptive, sinon primitive, des fictions bretonnes, il y eut des protestations dont un auteur contemporain, d'ailleurs assez crédule de sa nature, Giraud de Galles ou Giraldus Cambrensis, s'est rendu l'organe d'une assez plaisante façon. C'est en parlant d'un certain Gallois doué de la faculté d'évoquer les malins esprits et de les conjurer. Cet homme, ayant su qu'un de ses voisins était tourmenté par ces esprits de ténèbres, s'avisa de placer l'Évangile de saint Jean sur la poitrine du malade; aussitôt les démons s'évanouirent comme une volée d'oiseaux. Il tenta sans désemparer une seconde expérience: à la place de l'Évangile, il posa le livre de Geoffroy Arthur; aussitôt les démons revinrent en foule, couvrirent et le livre et tout le corps de celui qui le tenait, de façon à le tourmenter beaucoup plus qu'ils n'avaient jamais fait[19]. Il faut avouer que l'épreuve était on ne peut plus décisive.