Note 17 — INTRODUCTION.
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Wortigern, victime de la confiance qu'il accordait aux Saxons, s'était retiré dans la Cambrie ou pays de Galles. Ses magiciens ou astrologues lui conseillèrent alors d'élever une tour assez forte pour ne lui laisser rien craindre de ses ennemis. Il choisit pour le lieu de cette construction le mont Friri; mais, chaque fois que le bâtiment commençait à monter, les pierres se séparaient et croulaient l'une sur l'autre. Le Roi demande à ses magiciens de conjurer ce prodige: ils répondent, après avoir consulté les astres, qu'il fallait trouver un enfant né sans père, et humecter de son sang les pierres et le ciment dont on se servait. Messagers sont envoyés à la recherche de l'enfant: un jour, en traversant la ville nommée depuis Kaermerdin[17], ils remarquent plusieurs jeunes gens jouant sur la place; et bientôt une dispute s'élève: «Oses-tu bien,» disait l'un d'eux, «te quereller avec moi! Sommes-nous de naissance pareille? Moi, je suis de race royale par mon père et par ma mère. Toi, personne ne sait qui tu es; tu n'as jamais eu de père.» En entendant ces mots, les messagers approchent de Merlin; ils apprennent qu'en effet l'enfant n'a jamais connu son père, et que sa mère, fille du roi de Demetie (le Southwall), vivait retirée dans l'église de Saint-Pierre, parmi les nonnes. La mère et le fils sont aussitôt conduits devant Wortigern, et la dame interrogée répond: «Mon souverain seigneur, sur votre âme et sur la mienne, j'ignore complétement ce qui m'est arrivé. Tout ce que je sais, c'est que, me trouvant une fois avec mes compagnes dans nos chambres, je vis paraître devant moi un très-beau jouvenceau, qui me prit dans ses bras, me donna un baiser, puis s'évanouit. Maintes fois, il revint comme j'étais seule, mais sans se découvrir. Enfin, je le vis à plusieurs reprises sous la forme d'un homme, et il me laissa avec cet enfant. Je jure devant vous que jamais je n'eus de rapport avec un autre que lui.» Le Roi, étonné, fit venir le sage Maugantius: «J'ai trouvé,» dit celui-ci, dans les livres des philosophes et les anciennes histoires, que plusieurs hommes sont nés de la même façon. Apuléius nous apprend dans le livre du Démon de Socrate qu'entre la lune et la terre habitent des esprits que nous appelons Incubes. Ils tiennent de la nature des hommes et de celle des anges; ils peuvent à leur gré prendre la forme humaine et converser avec les femmes. Peut-être l'un d'eux a-t-il visité cette dame et déposa-t-il un enfant dans ses flancs[18].»