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Les Romans de la Table Ronde (1 / 5)

Note 15 — INTRODUCTION.

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Mais Nennius tient dans les domaines de la véritable histoire une place que Geoffroy s'est interdit le droit de réclamer. S'il a recueilli beaucoup de traditions fabuleuses, il l'a fait de bonne foi. On reconnaît dans son livre plus d'un souvenir précieux et sincère. La passion de Wortigern pour la fille d'Hengist, la perfidie des Saxons, les vains efforts des Bretons pour éloigner ces terribles auxiliaires, tout cela est du domaine des faits réels. L'auteur, étranger aux procédés de la composition littéraire, rapporte avec une parfaite candeur les deux opinions répandues de son temps sur l'origine des Bretons. «Les uns,» dit-il, «nous font descendre de Brutus, petit-fils du Troyen Énée; les autres soutiennent que Brutus était petit-fils d'Alain, celui des descendants de Noé qui alla peupler l'Europe.» Ainsi, tout en se rendant l'écho des traditions populaires, Nennius ne se prononce pas entre elles et garde la mesure qu'on peut attendre d'un historien sincère. Il ne parle pas même de Merlin, mais d'un certain Ambrosius dont on a fait le premier nom du fabuleux prophète des Bretons. Pour Nennius, Ambrosius n'est pas encore un être surnaturel, c'est le fils d'un comte ou consul romain. Il ne raconte pas les amours d'Uter-Pendragon et d'Ygierne, renouvelées d'Ovide. Il se contente de nous dire d'Artus qu'il conduisait les armées bretonnes, et qu'il avait livré douze glorieux combats aux ennemis de son pays. «Au temps d'Octa, fils d'Hengist,» lisons-nous à la fin de son livre, «Artus résistait aux Saxons, ou plutôt les Saxons attaquaient les rois bretons qui avaient Artus pour conducteur de leurs guerres[15]. Bien qu'il y eût des Bretons de plus noble race, il fut élu douze fois pour les commander et fut autant de fois victorieux. Le premier de ses combats fut livré à l'embouchure de la rivière Glem (à l'extrémité du Northumberland); les quatre suivants, sur une autre rivière nommée par les Bretons le Douglas (à l'extrémité méridionale du Lothian); le sixième, sur la rivière Bassas (près de Nort-Berwick); le septième, dans la forêt de Célidon (peut-être Calidon ou Calédonienne); le huitième, près de Gurmois-Castle (près de Yarmouth). Ce jour-là, Artus porta sur son bouclier l'image de la sainte Vierge, mère de Dieu, et, par la grâce de Notre-Seigneur et de sainte Marie, il mit en fuite les Saxons et les poursuivit longtemps en faisant d'eux un grand carnage. Le neuvième fut dans la ville de Légion appelée Cairlion (Exeter); le dixième, sur le sable de la rivière Ribroit (dans le Somersetshire); le onzième, sur le mont nommé Agned Cabregonium (Catbury); le douzième, enfin, longtemps et vivement disputé, devant le mont Badon (Bath), où il parvint à s'établir. Dans ce dernier combat, il tua de sa main neuf cent quarante ennemis. Les Bretons avaient obtenu l'avantage dans tous ces engagements; mais nulle force ne pouvait prévaloir contre les desseins de Dieu. Plus les Saxons éprouvaient de revers, plus ils demandaient de renforts à leurs frères de la Germanie, qui ne cessèrent d'arriver jusqu'au temps d'Ida, le fils de Eoppa, et le premier prince de race saxonne qui ait régné en Bernicie et à York.»

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