Note 13 — INTRODUCTION.
Reading edition
Et puis les autres objections qu'on peut faire à l'existence d'une chronique bretonne du neuvième siècle, conservent toute leur force. Pourquoi aurait on écrit ce livre? Pour ceux qui n'entendaient que le breton? Mais ceux-là étaient aussi incapables de lire le breton que le latin. On n'apprenait à lire qu'en se mettant au latin, et c'est par la science de la lecture que les clercs étaient distingués de tous les autres Français, Anglais ou Bretons[13]. Admettez au contraire qu'au neuvième siècle un clerc ait eu la bonne pensée de marcher sur les traces du vénérable Bède, en inscrivant dans la seule langue alors littéraire les traditions vraies ou fabuleuses de ses compatriotes, les difficultés qui nous arrêtaient disparaissent. Cette chronique, rarement transcrite en basse Bretagne où elle était née, n'aura passé qu'au douzième siècle dans la Bretagne insulaire, par les mains de l'archidiacre d'Oxford: Geoffroy de Monmouth en aura reçu la communication, et, la supposant entièrement inconnue, il en aura fait la base d'une plus large composition; mais comme, en avouant la source à laquelle il avait puisé, il s'exposait à ce qu'on lui demandât compte de tout ce qu'il avait ajouté, il aura prévenu les objections en supposant l'existence d'un autre livre tout différent de celui qu'il avait entre les mains.