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Les préjugés nécessaires

Note 13 — CHAPITRE XIV LUTTES ET TRANSFORMATIONS

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C’est ce qui explique, je crois, un passage de Montesquieu généralement peu compris et qui étonne : « La meilleure aristocratie est celle où la partie du peuple qui n’a point part à la puissance est si petite et si pauvre que la partie dominante n’a aucun intérêt à l’opprimer. Ainsi quand Antipater établit à Athènes que ceux qui n’auraient pas deux mille drachmes seraient exclus du droit de suffrage, il forma la meilleure aristocratie qui fût possible, parce que ce cens était si petit qu’il n’excluait que peu de gens et personne qui eût quelque considération dans la cité. » — Mais, se dit-on, ce n’était nullement une aristocratie ; c’était une démocratie ! Certainement ; mais Montesquieu sait bien qu’une démocratie, à moins qu’elle ne soit faite d’une nation unanime dans toutes ses idées, ce qui n’arrive jamais, est encore une aristocratie ; c’est une aristocratie très élargie ; c’est un parti qui, sachant qu’il a la pluralité, d’autre part sachant qu’il a de la cohésion et que, s’il n’a pas tout à fait la pluralité, il l’entraînera, s’attribue le gouvernement, exactement comme une aristocratie qui, quoique minorité, par sa force de cohésion et le prestige qu’elle en tire, s’attribue le gouvernement. La démocratie est donc une aristocratie très nombreuse, ce qu’était l’aristocratie d’Antipater. Seulement, ce n’est pas le petit peuple très pauvre qu’elle élimine du gouvernement, c’est la minorité riche et la minorité compétente. C’est l’aristocratie d’Antipater renversée. Mais il reste qu’appeler la démocratie une aristocratie nombreuse est très exact.

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