Note 25 — CHAPITRE XIV.
Reading edition
Nous avons dit dans une des notes précédentes que cette foi sublime de continuité de la vie, enseignée par les druides, avait encore de nos jours de fervents adeptes; nous ne pouvons résister au désir de citer à ce sujet quelques passages d'une admirable page d'Armand Barbès, l'un des plus vaillants soldats de la démocratie, aujourd'hui prisonnier comme tant d'autres de nos frères, une page dédiée à la mémoire de Godefroid Cavaignac, et intitulée: Deux jours d'une condamnation à mort. On verra par ces extraits avec quelle religieuse sérénité Armand Barbès attendait l'heure de son exécution; sérénité puisée, ainsi qu'il le dit, dans sa foi à la perpétuité de la vie, point fondamental de la croyance druidique.
«... C'était le 12 juillet 1839, la Cour des Pairs, après quatre jours de délibération, venait de me notifier son arrêt. Suivant l'usage, c'était le greffier en chef qui me l'avait apporté, et l'honorable M. Cauchy crut devoir ajouter à son message une petite réclame en faveur de la religion catholique, apostolique et romaine. Je lui répondis que j'avais en effet ma religion, que je croyais en Dieu; mais que ce n'était pas une raison pour que j'eusse, quoi que ce soit, à faire des consolations d'un prêtre; qu'il voulût donc bien aller dire à ses maîtres que j'étais prêt à mourir, et que je leur souhaitais d'avoir à leur dernière heure l'âme aussi tranquille que l'était la mienne en ce moment.»
Armand Barbès dit ensuite comment, spiritualiste par instinct, et ramené par l'approche de son heure dernière à un ordre de pensées élevées, il se rappela, avec une touchante reconnaissance, à quelle source il avait puisé cette tranquillité suprême en face de la mort, et il poursuit ainsi:
«... Un jour je lus, dans l'Encyclopédie nouvelle, le magnifique article Ciel, par Jean Raynaud. Sans parler des raisons péremptoires par lesquelles il détruit en passant le ciel et l'enfer des catholiques, sa capitale idée (telle que l'enseignait la foi druidique), de faire découler de la loi du progrès la série infinie de nos vies, progressant continuement dans des mondes qui y gravitaient eux-mêmes de plus en plus vers Dieu, me parut satisfaire à la fois nos aspirations multiples. Sens moral, imagination, désirs, tout n'y trouve-t-il pas de place? Cependant, emporté, lorsque je lus cet article, par les préoccupations d'un républicain actif, j'en méditai peu les détails, je ne fis que les déposer, en quelque sorte, bruts, dans mon sein; mais depuis que, ramassé blessé dans la rue, j'habitais une chambre de prison avec l'échafaud en perspective, je les avais tirés de la place où je les gardais en réserve comme une dernière richesse dont il m'importait de connaître enfin toute la valeur... et c'est ce qui vint naturellement se présenter à ma pensée au moment où je veillais, victime déjà liée pour le bourreau (on avait eu l'infamie de mettre à Barbès la camisole de force des condamnés à mort)... où je veillais la solennelle nuit de la mort...
»Que Jean Raynaud, l'éloquent encyclopédiste, me pardonne, si je changeai en un plomb vil, pour le besoin du moment, l'or pur de sa haute métaphysique; mais voici comment, après m'être confirmé par quelques raisonnements préliminaires ma croyance à l'immortalité de l'âme, il m'a semblé voir se dérouler une sublime échelle de Jacob, dont le pied s'appuyait sur la terre pour monter vers le ciel, sans finir jamais, d'astre en astre, de sphère en sphère! La terre, cette petite planète, où je venais de passer trente ans, me parut un des lieux innombrables où l'homme fait sa première étape dans la vie... d'où il commence à monter devant Dieu; et lorsque le phénomène que nous appelons la mort s'accomplit, l'homme, emporté par l'attraction du progrès, va renaître dans un astre supérieur avec un nouvel épanouissement de son être...»
Nous ne connaissons rien de plus beau que cette solennelle veillée de la mort d'Armand Barbès, puisant dans ces pensées sa fière sérénité d'âme, au moment du supplice qu'il croyait imminent.