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Les crimes de l'amour

Note 16 — MARQUIS DE SADE

Reading edition

Charles Nodier a apprécié sévèrement ce livre célèbre dans une notice Sur quelques livres satyriques et sur leur clef, notice égarée en 1834 dans un cahier du Bulletin du Bibliophile et que peu de personnes possèdent aujourd'hui: «Laclos a été le Pétrone d'une époque moins littéraire et plus dépravée que l'époque où vécut Pétrone. Puisque les Liaisons dangereuses passent encore pour un ouvrage remarquable dans quelques mauvais esprits, il faut bien en dire quelque chose, et je ne sais jusqu'à quel point j'en ai le droit, car il m'a été impossible de les lire jusqu'à la fin. Peinture de mœurs, si l'on veut, mais de mœurs tellement exceptionnelles qu'on aurait pu se dispenser de les peindre sans laisser une lacune sensible dans l'histoire honteuse de nos travers; œuvre de style, si l'on veut, mais d'un style si affecté, si maniéré, si faux, qu'il révèle tout au plus dans son auteur ce qu'il fallait de vide dans le cœur et d'aptitude au jargon pour en faire le Lycophron des ruelles: voilà les Liaisons dangereuses. Ce livre a aussi sa clef ou plutôt il en a dix. Je ne crois pas avoir traversé une ville principale de nos provinces où l'on ne me montrât du doigt, dans ma jeunesse, un des héros impurs et pervers de ce Satyricon de garnison, dont l'ennui, plus puissant que la décence et le goût, devrait dès longtemps avoir fait justice. On laissera sans doute au rebut ces clefs diffamatoires d'un ouvrage qui diffame la nature humaine et qui ne mérite pas plus de commentaires que les hideuses spinthries d'un émule effronté de M. Laclos, M. de Sade, qui emporte sur lui le prix dégoûtant du cynisme et non de la corruption.»

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