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Les Contemporains, 6ème Série

Note Retour au Texte Principal — LOUIS VEUILLOT

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Voilà bien des raisons pour l'aimer. Mais, si vous lisez sa Correspondance, vous ne vous en défendrez plus du tout. Vos préjugés contre l'homme, si vous en avez, tomberont. Cette correspondance me paraît être, avec celle de Voltaire,—pour des raisons combien différentes!—la plus extraordinaire qu'ait laissée un homme de lettres[1]. Là, vous le connaîtrez tel qu'il est, et tout entier. Vous serez étonné de la prodigieuse activité de ce cerveau et de la parfaite bonté de cette âme. Vous y goûterez autre chose qu'un plaisir d'amusement, car l'homme, le chrétien et le publiciste ne se séparent guère chez Louis Veuillot, et des idées d'importance et toute sa vie publique s'entrelacent, dans ces causeries, aux détails de ménage et de pot-au-feu. Mais surtout les «lettres à sa sœur» vous seront un délice. (Je voudrais mettre aussi à part les lettres à Olga de Ségur, plus tard comtesse du Pitray.) Vous y aimerez tout: le naturel, la simplicité des mœurs, la bonhomie, l'esprit, le comique,—ce comique invincible qui secouait sur sa base mon bon maître Sarcey, un jour que j'étais chez lui et qu'il lisait le morceau sur les douches ascendantes, à moins que ce ne fût la conversation avec le dentiste;—et les portraits et les paysages en trois coups de plume, et mille traits spontanés d'un pittoresque intense; et toutes les vertus que trahissent ces libres expansions, la fierté, le désintéressement, l'indépendance, l'éloignement du monde, la douceur patriarcale envers les serviteurs, et la charité, et les larges aumônes, et la libéralité («...N'oublie jamais qu'un chrétien doit être humble, mais magnifique.» À son Frère, I, page 284); et la grâce partout répandue, et,—comme il ne visite guère en voyage que des chrétiens comme lui et des gens d'église ou de couvent,—un sentiment difficile à comprendre pour les profanes, le sentiment d'une sorte de franc-maçonnerie spirituelle, d'une sécurité sereine et très douce dans la communauté des croyances. Vous estimerez la beauté simple de sa vie domestique, la profondeur de ses affections familiales, et son immense labeur, et son courage allègre à le porter. Vous penserez que celui-là fut un vaillant et un tendre. Et vous connaîtrez quelle forte vie intérieure eut ce grand homme d'action; vous verrez comment il porta la douleur (il perdit en quelques années sa femme et trois filles, et une des deux autres se fit religieuse), et vous jugerez comme moi que les lettres qu'il écrit sur ses filles mortes et à sa fille cloîtrée sont de purs diamants de spiritualité, atteignent au sublime du sentiment religieux et sont assurément parmi les plus incontestables chefs-d'œuvre de la prose chrétienne,—et de la prose sans épithète. J'ose dire qu'aux heures douloureuses il y eut, chez Louis Veuillot, de la «sainteté».

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