Note 302 — XV RÈGNE DE LOUIS XV (SUITE)
Reading edition
A plusieurs reprises dans le cours du dix-huitième siècle, la situation de la Comédie fut des plus critiques ; le public désertait la salle et les acteurs jouaient devant des banquettes vides. En 1753, les Comédiens imaginèrent d’ajouter aux pièces du répertoire des ballets et des pantomimes, dans l’espoir que « les sauts et les gargouillades » des danseurs ramèneraient la vogue dans leur salle. « C’est en faveur de ces ballets, écrit Grimm, que le public semble souffrir encore qu’on lui représente les chefs-d’œuvre de Corneille, de Racine et de Molière, et c’est pour l’empêcher d’abandonner entièrement le spectacle de la Nation que les Comédiens français ont été forcés d’avoir recours à un expédient si humiliant pour notre goût. » (Corresp. littér., 15 juillet 1753.) L’Opéra protesta contre une innovation qui, disait-il, empiétait sur son privilège, et il fut interdit à la Comédie de continuer ses ballets. La Comédie s’inclina, mais elle cessa toutes représentations. En même temps, Mlle Gaussin, à la tête d’une députation, se rendait à la cour et suppliait le roi de lever l’interdiction. Louis XV se laissa toucher et autorisa formellement les Comédiens à posséder une troupe « cabriolante ».