Note 4 — POLOGNE ET RUSSIE (continued 2)
Reading edition
On sait combien la Russie est hermétiquement fermée aux journaux et aux revues de l’Europe. Une des nôtres est exceptée, par la protection spéciale de l’empereur. On a soin qu’elle arrive jusqu’en Sibérie. Pourquoi tant de faveur? On peut le deviner. Une revue française, toute pleine des éloges de la Russie, est justement ce qui peut le mieux tromper ses infortunés lecteurs sur la pensée de la France, leur faire croire que le monde est décidément converti au mal, finir pour eux tout espoir ici-bas. Représentez-vous, dans cet extrême Nord, dans les nuits éternelles, l’infortuné Polonais qui s’efforce, à la lueur des aurores boréales, de lire ces pages écrites dans la langue chérie, la langue de la France, qui cherche avidement quelques bonnes nouvelles, et qui voit que la France est morte... Quel accroissement de supplice! C’est ainsi que la Russie, cette savante maîtresse en douleurs, a trouvé un moyen de rebriser les cœurs déjà brisés, de doubler les ténèbres du pôle, d’ajouter un degré de glace au froid qui rompt l’acier... Qu’ainsi le désespoir vienne de l’espoir, je veux dire de la France! ah! c’est un coup de maître: il faut rendre les armes; tous les bourreaux sont dépassés!