Note 2 — POLOGNE ET RUSSIE (continued 2)
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On affirme hardiment que, dans ce terrible accroissement de misère, la population augmente rapidement. Mais qui peut dire avec certitude ce qui en est? Qui connaît la Russie?—M. de Falloux a dit à la tribune, avec une remarquable intrépidité d’ignorance: La Russie, en 1789, avait trente-trois millions d’âmes (qu’en sait-il?), et aujourd’hui elle en a soixante-dix millions! (Qu’en sait-il?)—En réalité, que veulent les Russes et les amis des Russes en lançant au hasard ces chiffres romanesques? terroriser l’Europe.—Nul doute que le communisme russe, par son imprévoyance, ne soit propre à augmenter la population; mais cette même imprévoyance, meurtrière sous un tel climat, la décime cruellement, surtout pour les premières années; l’immense majorité des enfants ne naissent que pour mourir.—Comment la Russie aurait-elle une vraie statistique? Toute statistique est née d’hier. La France, le seul État qui pourrait en avoir une, étant le mieux centralisé, n’a pu, même en 1826, faire un dénombrement sérieux. (Voir là-dessus le très judicieux M. Villermé.)
Le dernier observateur et le plus sérieux qui ait visité la Russie, M. Haxthaüsen, malgré tout son respect pour le gouvernement russe, avoue qu’il n’y a aucun fonds à faire sur les documents statistiques qu’il publie. Il établit, par plusieurs bonnes raisons, qu’on ne peut connaître la population des villes, qui est très mobile. Pour la Russie des campagnes, elle est si peu connue encore, qu’il y a dans les forêts des villages dont la police ne sait pas même les noms: ce sont surtout les dissidents qui fuient les persécutions religieuses.
La population flottante est immense; beaucoup changent de pays pour changer de condition. Ceux qui reçoivent sur leurs terres des serfs fugitifs, et les acquièrent ainsi, ont soin, pour les cacher, de les mettre sous le nom de quelque serf mort. De là ces prodigieuses longévités qu’on ne voit qu’en Russie. Tel y vit deux ou trois vies d’homme, cent cinquante ans et plus.
La population augmente-t-elle? Lentement, si l’on juge de l’empire par certains gouvernements mieux connus, par exemple celui de Charkow, qui avait, en 1780, 800,000 âmes, et, en 1838, 1,150,000 âmes. (Voir l’ouvrage spécial et estimé de Passek, sur le gouvernement de Charkow.)
Au reste, que la population augmente plus ou moins rapidement, c’est un fait secondaire, en comparaison d’un autre très certain, c’est que la race baisse, comme énergie, force et vitalité. Voyez dans les revues, et les plus belles, celles de la garde russe, ces pauvres visages pâles, ces yeux éteints, sans vie. La race change notablement depuis trente années, et par le progrès de la misère et par l’abus des spiritueux.