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Vers minuit, nous fûmes tous réveillés par la tempête. La foudre grondait avec fracas, et sa voix altière se répercutant dans les échos des trois montagnes qui dominaient le placer, semblait plus terrible encore; notre tente résista au choc du vent, grâce à ses cordages neufs et à ses piquets de fer, mais non à la pluie qui s'infiltrait, fouettée par le vent, en masses épaisses, brouillard qui eut bientôt traversé nos couvertures et nos vêtements, et nous trempa jusqu'aux os. Le jour arriva enfin, et ayant allumé un immense feu avec les branches sèches que la tempête avait brisées, nous pûmes réchauffer nos membres engourdis; ce n'était pas tout, il fallait monter la machine et la faire fonctionner; dans ce but, nous choisîmes un claim[2], où nous fîmes nos premières expériences qui n'amenèrent aucun résultat satisfaisant. Enfin m'étant penché sur le récipient où était placé le mercure, je pus constater que l'or passait par-dessus sans s'y amalgamer; nous fûmes consternés à cette découverte et pensâmes, d'un commun accord, que notre mercure, que nous avions eu l'obligeance de prêter au capitaine de l'Isthmus pour remplacer le sien perdu pendant une tempête sur les côtes du Mexique, avait été détérioré; nous recommençâmes avec persévérance, mais chaque fois que nous passions le mercure à la peau de chamois, il n'y restait aucune parcelle d'or. Après avoir constaté généralement que la machine, par elle-même, était impropre au lavage des terrains aurifères, nous nous sentîmes plus ou moins découragés. Mes trois compagnons proposèrent de dissoudre la société, de partager le matériel et le reste des fonds qui se trouvaient en caisse; j'acceptai l'offre, heureux de pouvoir enfin vivre seul de cette vie d'aventure et de liberté à laquelle j'aspirais. Ces messieurs partirent donc pour San-Francisco, et moi je restai à Grass-Valley le temps nécessaire pour recueillir assez de poudre d'or, et me procurer ainsi les moyens de me livrer à la vie d'excursions que j'avais projetée.