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Une tartane qui chargeait du bois tout près de là, à Vorvourou, nous offrit de nous faire traverser le golfe de Monte-Santo. Nous attendions à l'ombre d'un platane que les vents nous fussent propices, quand nous vîmes arriver le P. Gédéon, haletant, essoufflé, ruisselant et les pieds gonflés. Il était venu de Salonique à pied en suivant la côte. C'était au fond un assez bon homme que ce P. Gédéon, malgré sa malpropreté, et cette malpropreté même était peut-être une vertu. Saint Basile n'a-t-il pas dit: «Que l'humilité du moine paraisse dans tout son extérieur, qu'il ait la tête mal peignée, l'habit sale et négligé.» Il nous donna de nombreux renseignements sur sa Thébaïde, nous dit d'abord qu'on y vivait très-vieux, d'accord en cela avec Élien qui constate que les habitants de l'Athos étaient appelés Macrobi, ensuite qu'il y avait au milieu de la montagne un village peuplé de moines, appelé Kariès, de Καρα, tête, et outre les vingt monastères qui garnissaient la montagne un grand nombre de skites[6], d'ermitages et de cellules, en tout environ neuf cent cinquante églises et chapelles; il ajouta que les moines qu'on appelle caloyers (Καλογεροι, bons vieillards), n'étaient plus que trois mille de six mille qu'ils étaient autrefois, mais qu'il y avait des frères lais, des ermites et des profès, enfin que le séjour en était délicieux, et qu'on était fort bien accueilli par le conseil de Kariès, si l'on était bien recommandé, pourvu toutefois qu'on n'eût ni femme, ni chienne, ni chatte, ni aucun animal du sexe femelle, la règle étant inflexible à cet égard.