← Table of contents
Le Tour du Monde; Athos

Note Retour au texte principal — TABLE DES MATIÈRES.

Reading edition

Le plan de Philoteos, avec ses nombreux ateliers rangés autour du Catholicon, prouve que, non-seulement les industries[26] mais les arts de tous genres étaient pratiqués dans les couvents, particulièrement l'orfèvrerie et l'émaillerie. On y faisait aussi les mosaïques (psiphyses), les pâtes de verre, les terres cuites qu'on mêlait au porphyre et au marbre dans le pavage des basiliques. Aujourd'hui, outre la peinture, la gravure et l'architecture, ces deux premières tombées très-bas, la sculpture sur bois s'est seule maintenue et à un rare degré de perfection. Les moines fouillent en plein bois de vastes compositions avec une habileté inouïe; j'ai vu au mont Athos des croix, des triptyques, des iconostases (barrière qui sépare le chœur de l'église), des stalles, vraies merveilles de patience et de fantaisie originale. Le P. Agatangelos, un maître en ce genre de travail, avait envoyé à l'Exposition universelle de 1855 un dessus de livre très-remarquable, qui fut très-remarqué et qui ne le cédait en rien au chef-d'œuvre enchâssé d'or qu'on montre dans le trésor de Kariès (voy. p. 125). Le diaconicon de Philotheos est cependant encore très-riche en orfèvrerie. On nous fit voir la couverture d'un manuscrit slave en repoussé qui est certainement la perle la plus précieuse du couvent. Nous avions déjà pu à Kariès, grâce à l'obligeance des membres de l'épistasie, reproduire deux croix, l'une émaillée sur arabesques, l'autre en bois enchâssée d'or (celle dont je viens de parler). Il y a dans ce même trésor de Kariès un brûle-encens, très-curieux de composition, représentant la Religion menacée par la Philosophie. Cette allégorie est ainsi disposée: le manche recourbé est terminé par une tête de dragon qui cherche à atteindre de sa langue fourchue le temple qui contient l'encens. Beaucoup de ces chefs-d'œuvre ont été malheureusement détruits pendant les croisades. On sait les atrocités que se permirent les croisés après la prise de Constantinople en 1204, atrocités qui se reproduisirent dans tout l'empire. Les soldats rompirent les châsses et les reliquaires pour prendre l'or, l'argent, les pierreries. «Voilà ce que vous avez fait, dit l'historien Nicétas, vous qui prétendez être savants, sages, fidèles à vos serments, amis de la vérité, ennemis des méchants, plus religieux et plus justes que nous autres Grecs et plus exacts observateurs des préceptes de Jésus-Christ. Les Sarrasins n'en ont pas usé de même que vous qui portez la croix sur vos épaules. Ils ont traité vos compatriotes avec humanité à la prise de Jérusalem. Ils n'ont point insulté aux femmes ni ensanglanté le temple. Comment nous avez-vous traités nous chrétiens, vous chrétiens?»

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings