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Philotheos a été fondé au dixième siècle, par trois caloyers de l'Olympe, Arsène, Denis et Philotheos. Le supérieur devait, je pense n'avoir pas beaucoup moins d'un siècle. Il avait pris une part active à la guerre de 1821, et quand il prononçait les mots d'indépendance et de liberté, son regard reprenait toute l'énergie et la fierté de la jeunesse: chose surprenante pour nous qui voyons le plus souvent les idées généreuses décroître avec l'âge et l'amour de la liberté traité d'inexpérience et de maladie de jeunesse. Il était de ceux qui, laissant leur retraite, descendirent dans la plaine tenant la croix d'une main et le fusil de l'autre. Ce fut, chose triste à dire, le petit nombre. «La pendaison d'un patriarche, dit un peu sévèrement Pouqueville, était pour quelques-uns d'eux une bonne fortune qui donnait l'espoir d'avancer aux higoumènes, parmi lesquels on choisit le haut clergé, et pourvu qu'on ne touchât pas à ses revenus, l'égoïsme monacal aurait appris sans regret le naufrage complet de la patrie.» Les quelques moines qui prirent part à la lutte se mêlèrent aux Grecs, soulevés dans la Macédoine. Diamantis, à la tête de ses Albanais, vint les appuyer, s'établit dans la presqu'île de Pallène, en face de l'Athos et battit Yousouf-bey dans une première rencontre; mais les Turcs revinrent commandés par Abouloudoub, pacha de Salonique: la lutte fut longue, sanglante, et les Grecs durent plier devant le nombre. La panique se répandit alors sur la sainte Montagne. Les moines laissèrent Kariès, embarquèrent leurs trésors et se fortifièrent dans les couvents de Zographos et de Hierophon. Abouloudoub n'osant attaquer de front ces remparts formidables, fit faire des propositions de paix aux moines, leur jurant que leurs propriétés seraient respectées, mais qu'il était de toute nécessité qu'il mît chez eux une garnison. Ces propositions furent écoutées et une fois que le pacha eut mis le pied dans les couvents, il les livra au pillage. Heureusement les moines avaient fait transporter tous leurs trésors, leurs reliques et une partie de l'artillerie à Lavra, ce qui donna le temps à l'amiral Combasis, qui croisait devant Thasos, d'embarquer, toutes ces choses. Transportées à Êgine, elles furent rapportées plus tard sur l'Athos. Il est à peu près certain que la résistance, si elle eût été bien organisée, pouvait être d'un grand secours à l'insurrection grecque. L'higoumène de Philotheos, et il n'est pas le seul[25], a le bon espoir que ce qui est différé n'est pas perdu. Je lui souhaite bien sincèrement de vivre assez longtemps pour voir ses vœux accomplis.