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Le Tour du Monde; Athos

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J'ai déjà dit que la fondation d'Iveron me semblait devoir être très-ancienne. On retrouve, en effet, dans les murailles des fragments de sculpture antique provenant des ruines de la ville d'Olophizos, ce qui permet de supposer que la construction a précédé la querelle des iconoclastes qui respectaient peu l'antiquité dans ses chefs-d'œuvre. Le logothète nous dit que ce monastère avait été élevé en l'honneur de saint Jean le Précurseur, par trois Géorgiens ou Ibériens (Jean, Euthimius et Georges), (των ιβηρων, des Ibériens); quant à la date de la fondation il l'ignorait. Cet établissement est immense et ne compte pas moins de trente églises rangées autour du catholicon. La disposition de ce dernier a été modifiée, car, à la suite d'un péristyle appuyé sur des arcs-boutants, une seule porte donne entrée dans le narthex qui se trouve, par cette économie, dans une obscurité presque complète. Il est du reste facile de voir que l'entrée principale a été murée, par le dessin transparent, sous le crépi du mur, d'une large arcade surmontée du labarum. Il n'y a pas là de nefs latérales: le vaisseau est en forme de trèfle. Une addition curieuse (particulière[20] aux églises de l'Athos) est celle d'absides semi-circulaires ménagées derrière le chœur pour servir de sacristie et de dépôt aux vases sacrés. Au-dessus des plaques de faïences émaillées qui recouvrent les murs jusqu'à hauteur d'appui, commencent les peintures. Les peintures de ce dernier ont été rafraîchies en 1846. Je dis rafraîchies, parce que le jour où un higoumène, ami de la propreté, trouve que la décoration de son église est ternie, enfumée par le temps, il fait venir de Kariès un maître-peintre. On l'héberge lui et ses élèves et, en peu de temps, il remet les fresques à neuf. Dans l'intérieur le mal n'est pas complet: le peintre a conservé les contours des anciennes images, et s'est contenté de les remplir d'un badigeon blafard; mais sous le porche extérieur, sa verve, ne trouvant plus de bornes, s'est livrée aux excentricités les plus étranges, sans sortir cependant des règles du Guide: il y a là une série assez peu ragoûtante de décollations, où, sans respect pour la perspective, le sang jaillit jusqu'aux derniers plans, occupés par une architecture bizarre. Ces maîtres goujats ne craignent pas de recouvrir les inspirations de Manuel Panselinos ou de tout autre maître de leurs méthodiques barbouillages, sous prétexte de restauration. Cependant ces peintures, qui ne supportent pas un examen sérieux, sont d'un effet décoratif surprenant. Ce but de la décoration, qui est le premier auquel doive tendre la peinture murale, semble avoir échappé à notre époque. On est désagréablement impressionné, quand on pénètre dans un de nos monuments religieux redécorés à grands frais, de cette mésintelligence entre l'architecte, les peintres et les statuaires; et la réunion dans un même cadre d'œuvres faites avec talent, mais sous des inspirations diverses, produit l'ensemble le plus discordant qui se puisse imaginer. Ici le moi disparaît; chacun comprend son rôle et s'y tient. Les raccourcis audacieux ne viennent pas rompre la simplicité des lignes architecturales, l'or s'y étale sans ambition, et la mosaïque mêle ses tons modestes aux nuances du marbre. L'ensemble est harmonieux, parce que l'inspiration est une, et ces fresques, plus que médiocres, apportent leur humble tribut au caractère monumental de l'édifice.

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